Refuge intime entre Cour et forêtAujourd'hui il y régnerait sûrement une atmosphère plus pré-printanière, cependant ma dernière visite remonte au tout début du mois, quand l'hiver le plus rigoureux sévissait encore en Ile de France, sans astre solaire ni clémence des températures.
Le jardin abrite le Grand Trianon, élevé par Jules Hardouin Mansart en 1687 sur l’emplacement du « Trianon de Porcelaine » que Louis XIV avait fait construire en 1670 pour y fuir les fastes de la Cour (pourtant pas si loin...) et y abriter ses amours avec Mme de Montespan. On sent fortement l'influence italienne sur l’architecture, faite d'un palais d'un seul niveau, joignant une belle cour et un somptueux jardin.
Une leçon de perspective. Riche palette des gris, esthétisme végétal hivernal, rigueur des topiaires, symétries parfaites, perspective atmosphérique jusqu'aux coteaux de Satory à l'arrière-plan... Le domaine de Grand Trianon est passionnant à plus d'un titre, outre qu'il sert de splendide écrin à un ensemble de bâtiments parmi les plus raffinés du Château de Versailles.
Fait intéressant, le « Trianon de Marbre » fut entouré, dès sa construction, de plusieurs dizaines de milliers de vivaces et tubéreuses (on se replongerait volontiers dans une promenade de cour, embaumés de fard et des fragrances des fleurs!). Ces plantes étaient enterrées en pots pour pouvoir être changées dès la fin de leur floraison : le spectacle était renouvelé tous les jours, dans un hymne à la floraison impérissable.
D'ailleurs les bâtiments ne sont qu'un prétexte au jardin : l'architecture est toute entière tournée vers les jardins. Voilà un ordre qui me plaît !
Depuis la galerie principale, l'architecture s'ouvre sur l'espace et donne à voir vers le domaine. Un "Petit palais de marbre rose et de porphyre avec des jardins délicieux" (Mansart).